À vélo jusqu’en Alsace

Résumé de notre voyage jusqu'en Alsace

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L'architecture typique alsacienne

Après un premier voyage « à plat », en Zélande, il nous fallait un entraînement un peu plus « sérieux ». L’Alsace nous semblait une bonne destination pour goûter aux dénivelés, mais pas trop. En 5 jours, nous avons parcouru 360 km, sous 40º, en commençant par les collines de la province du Luxembourg, puis les pistes cyclables le long de la Moselle, et enfin à travers des champs de vignes et de blé dignes du Petit Prince. Au rendez-vous, de belles rencontres (et également une un peu flippante), qui ont rendu ce défi physique et thermique un peu plus supportable. Et au final, une énorme satisfaction et du pur bonheur !

On a réussi !
On a réussi !

Nous devions partir le 1 juillet, pour arriver le 6 – jour des 30 ans de Pamela – dans une petite auberge où nous allions passer quelques jours avec la famille de Pamela. 6 jours pour faire Luxembourg – Lapoutroie, c’est-à-dire 250 km, selon Google Maps ; 41 km/jour, cela nous semble tout à fait jouable. Mais c’était sans compter…

  1. Pamela, indépendante, qui se retrouve avec un boulot qu’elle peut difficilement refuser. On décide donc de partir un jour plus tard (250 km sur 5 jours, ça fait 50 km journaliers, c’est toujours faisable).
  1. L’oncle de Pamela, adepte du vélo, qui nous propose un itinéraire plus long, mais avec moins de dénivelé et de plus beaux paysages. Le chemin à parcourir devient donc 300 km.
  1. Petit détail qui nous avait échappés, aller à Luxembourg signifie passer la frontière ; passer la frontière signifie des tarifs de train élevés. Après quelques minutes de réflexion (« après tout, le but est quand même de voyager au moins cher »), on se dirige vers Arlon. 20 km supplémentaires…

Ces petits imprévus (parfois embêtants, mais soyons réalistes, c’est là toute la beauté du voyage) nous amènent finalement à un total de 320 km en 5 jours, donc environ 65 km journaliers. Et cela, toujours selon Google Maps, qui ne prend pas en compte les routes fermées aux cyclistes, les détours, les erreurs d’itinéraires et les pistes cyclables, certes plus agréables, mais parfois plus longues que les routes ordinaires.

1er jour : Arlon – Manom (74 km)

Tout cela n’entame en rien notre bonne humeur et notre détermination. Nous partons donc, sous une chaleur étouffante, sur les routes vallonnées de la province du Luxembourg. Il fait chaud, très chaud. Les gourdes se réchauffent plus vite qu’elles ne se vident et nous devons nous arrêter régulièrement pour en demander de la fraîche. S’arrêter… En voilà une belle erreur ! À vélo, tant qu’on roule, on profite du vent – certes chaud, mais qui parvient, avec un peu d’eau, à nous rafraîchir un tout petit peu. Dès qu’on s’arrête, par contre, c’est la canicule…

Julien se reposant sur une piste cyclable
Julien se reposant sur une piste cyclable

En arrivant au Luxembourg, nous découvrons avec surprise des panneaux indiquent un itinéraire vélo ! Nous nous embarquons donc sur un chemin sinueux à travers les bois (ah la fraîcheur des bois, il n’y a rien de tel) et les roches rouges (oui, oui, on se croyait en Australie !). De magnifiques paysages pour finalement faire un énorme détour… Mais cela en valait la peine.

À vélo, tant qu’on roule, on profite du vent. Dès qu’on s’arrête, par contre, c’est la canicule…

Quand on part sans avoir planifié l’itinéraire dans ses moindres détails, le chemin est parsemé de bonnes (descentes) ou moins bonnes (montées) surprises. C’est donc vers 18h, au moment où nous décidons de rassembler nos dernières forces pour faire quelques kilomètres en plus, que nous nous retrouvons face à un mur. C’est d’ailleurs le nom qu’ils ont donné à cette montée : le mur d’Ottange (6,5 % de pente moyenne, 10% de pente maximum, 1,34 km). Plusieurs arrêts, quelques poussées de vélo (qui, pour les petits bras de Pamela, s’avèrent finalement plus difficiles que de pédaler) et nous voilà, morts, en haut.

Nos hôtes du premier soir (il manque le fils et le compagnon)
Nos hôtes du premier soir (il manque le fils et le compagnon)

Vers 21h, nous en avons plein les jambes et nous nous dirigeons vers les bois du petit village de Manom pour trouver où planter la tente. Nous croisons une mère avec ses deux enfants et leur Golden Retriever. Nous leur demandons de l’eau, ils nous en donnent, puis nous proposent de prendre une douche (notre état sueur-crème solaire-poussière le requérait) et même de planter la tente dans leur jardin. Au final, après une bonne douche chaude (pour une fois, on rêvait d’eau froide), de bons croque monsieur et une chouette conversation avec cette belle famille, nous dormons dans leur tente.

2e jour : Manom – Adaincourt – 77 km

Après une nuit peu reposante, on est réveillés par le chien et par l’odeur des croissants – on est décidément accueillis comme des rois ! On discute autour du petit-déjeuner, Valérie nous remplit nos gourdes et nous prépare une collation de fruits et barres de céréales. Nous nous quittons en promettant de repasser par chez eux lors du grand départ. Nous voilà repartis tous les deux, plein de baume au cœur, à la fois surpris et heureux de voir que la générosité et l’hospitalité existent toujours !

Piste cyclable le long de la Moselle
Piste cyclable le long de la Moselle

Nous rejoignons la piste cyclable avec l’aide de la fille de Valérie. Se balader le long de la Moselle est vraiment agréable. Les paysages ne sont certes pas les plus beaux, mais aucune voiture et quelques belles petites écluses nous permettent de peut-être mieux supporter la chaleur, de plus en plus intenable. Et là, au détour d’une barrière, Pamela, déséquilibrée, chute et se heurte la tête contre la barrière – merci le casque ! Heureusement, plus de peur que de mal…

Nous arrivons enfin à Metz. Les grandes villes sont probablement les plus dures à traverser : aucune indication, beaucoup de trafic, des gens pressés pas toujours disponibles. À chaque fois, on se perd. On finit par retomber sur la route que nous avions identifiée sur la carte pour nous rendre compte que cette nationale est interdite aux vélos. Nous voici contraints de changer l’itinéraire et de le rallonger donc de quelques kilomètres supplémentaires. Notre eau est chaude, on est sales et on aimerait s’arrêter, mais il faut prendre sur soi et avancer. [pull_quote_left]Les grandes villes sont probablement les plus dures à traverser : aucune indication, beaucoup de trafic, des gens pressés pas toujours disponibles.[/pull_quote_left] On s’arrête dans un village pour demander de l’eau à des gens très sympathiques qui nous proposent, eux aussi, de prendre une douche. Une simple douche nous rend si heureux ! Ce sont toutes ces petites choses qui font la beauté du voyage à vélo. Apprendre à apprécier ces petits bonheurs, voilà une bonne leçon du voyage. On discute avec ce couple qui ne comprend pas notre itinéraire initial et nous conseille de passer par le Col du Bonhomme, chemin beaucoup plus direct à en croire la carte.

Notre campement le deuxième soir
Notre campement le deuxième soir

Après cette bonne douche (encore chaude, décidément, ils ne connaissent pas l’eau froide par là ?!), nous voilà revigorés, prêts à avancer encore un peu, en direction du Col du Bonhomme – ça nous fera gagner quelques kilomètres et nous permettra donc d’être moins stressés quant à notre productivité kilométrique journalière. Vers 20h, on commence à chercher un endroit où dormir et on trouve une petite place, à l’orée d’un bois et sur le bord d’un chemin agricole, à côté des vaches. Après un bon repas, nous voilà au lit, épuisés, mais heureux.

3e jour : Adaincourt – Badonviller (71 km)

Pour profiter de la fraîcheur (relative) du matin, on se réveille tôt et nous voici en selle vers 9h30, sous une chaleur déjà étouffante et encore plus insupportable que les jours précédents.

Il fait très chaud et Julien n'est pas en grande forme
Il fait très chaud et Julien n’est pas en grande forme

Petit arrêt à Dieuze, où on boit un verre en étudiant la carte pour évaluer le nombre de kilomètres restants. Un homme assis à côté rentre alors dans notre conversation : « Vous comptez passer par le Col du Bonhomme ? Si j’étais vous, j’éviterais. Je suis chauffeur routier et je peux vous dire que cette route est fort empruntée par les camions, sans compter que le col est plutôt raide. À votre place, je passerais par le Col d’Urbeis ». Un rapide coup d’œil sur la carte nous suffit pour comprendre qu’il s’agit là d’un grand détour – décidément, on n’est pas arrivés. Mais on préfère suivre son conseil et éviter les routes trop empruntées.

Bon à savoir ! En France, tous les cimetières ont de l’eau, presque toujours potable, ainsi que les clubs de sport

On recharge les gourdes dans les cimetières
On recharge les gourdes dans les cimetières

Pas le temps de tergiverser, on reprend la route. On s’arrête régulièrement, pour boire un coup, manger un bout, se rafraîchir ; on fait le plein d’eau fraîche dès qu’on trouve un cimetière. La chaleur est de plus en plus intenable au fur et à mesure que la journée passe. En effet, nous croyions que le moment le plus chaud de la journée se situait entre 11h et 15h, mais c’est faux. Le plus dur, c’est le créneau 16h-18h, lorsque le vent tombe et que le soleil est si bas qu’il vous brûle les mollets… Après un bon soda offert gentiment par une dame, nous décidons qu’il est temps de prendre une douche et de recharger nos batteries (au sens strict comme au figuré). Nous trouvons donc un chouette camping à Badonviller (8,5 euros pour nous deux !).

4e jour – Badonviller – Lubine (73 km)

Miracle, un orage a éclaté cette nuit ! On se réjouit par avance du rafraîchissement de l’air qu’une telle douche entraîne inévitablement. On déchante vite : la chaleur est suffocante. Nous démarrons vers 11h30 et nous décidons, cette fois-ci, de nous arrêter pendant quelques heures après le dîner. On a repéré un lac qui sera parfait ! Mais d’abord, nous devons nous ravitailler. Malheureusement, c’est dimanche et tout est fermé. Pas même une boulangerie pour accompagner nos sardines en boîte. On finit par rentrer dans un café, qui n’avait pas l’air très ouvert, pour demander où nous pouvions trouver du pain. Face à notre désespoir, les patrons nous offrent bien gentiment une demi-baguette.

Nous croyions que le moment le plus chaud de la journée se situait entre 11h et 15h, mais c’est faux. Le plus dur, c’est le créneau 16h-18h, lorsque le vent tombe et que le soleil est si bas qu’il vous brûle les mollets…

Après une belle côte (il faut le mériter ce lac dont on rêvait depuis la première heure du premier jour), nous y voilà : un magnifique lac à l’orée d’un bois (lac de Pierre Percée). Nous sommes tellement heureux que nous ne faisons même pas attention à la foule autour de nous. Quoi de plus agréable après des kilomètres à vélo sous la chaleur de se dégourdir les muscles endoloris dans de l’eau tiède ! Nous prenons notre temps, nous nous reposons et nous repartons vers 16h30.

En route vers l'Alsace
En route vers l’Alsace

Le démarrage est dur, mais après un faux plat un peu trop long à travers la forêt, voici une des plus belles descentes auxquelles nous avons eu droit ! Ça fait du bien de voir défiler les kilomètres sans pédaler, de sentir le vent vous rafraîchir le corps et de voir le compteur monter à près de 60 km/h. Quelles sensations !

Après un bon verre à Raon l’Étape, nous reprenons la route. La température est redescendue et c’est maintenant très agréable de rouler. Il est 19h, mais nous nous sentons capables de continuer encore 2 bonnes heures. Après avoir trouvé (ô miracle) un supermarché ouvert, nous nous dirigeons vers le col d’Urbeis. Il commence à se faire tard et nous devons trouver au plus vite un endroit où dormir. Nous nous arrêtons dans une ferme pour demander conseil et le paysan nous propose gentiment de nous installer dans son champ ou dans son étable.

Panneaux indicatifs pour les chemins vélos
Panneaux indicatifs pour les chemins vélos

Nous voici bien installés dans nos sacs de couchage, prêts à passer notre dernière nuit sous tente, lorsque Julien lâche cette phrase toute anodine : « Tu les trouves pas bizarres ? Moi, je les sens pas ». Après moultes tergiversations et crises de paranoïa, nous décidons que 1) nous n’arriverons pas à dormir et 2) suivre ses intuitions est essentiel lors d’un tel voyage. Après quelques bruits suspects qui auront eu raison de notre angoisse, nous bondissons hors de la tente et commençons à tout ranger lorsque l’orage éclate. Les quelques minutes à attendre que la pluie s’arrête auront paru une éternité. Nous replions tout, tel quel, trempé, nous chargeons les vélos avec une efficacité et une célérité sans pareil et nous arrivons enfin sur la route… Où nous nous sentons stupides : n’est-il finalement pas plus dangereux de rouler de nuit sur des routes non éclairées et étroites que de dormir dans ce champ ? Bon, la question du remontage ne se pose évidemment pas. Nous laissons un mot remerciant nos hôtes pour leur hospitalité et expliquant que le bruit et les lumières de la route nous empêchaient de dormir (ce qui n’était qu’un demi mensonge).

Il n’y a pas de plus grand bonheur à vélo que de profiter d’une belle descente après une longue montée : après l’effort le réconfort.

Trouver un endroit où bivouaquer de nuit n’est pas une mince affaire. On s’enfonce dans des chemins pas fort praticables, pour ensuite revenir sur nos pas. Nous hésitons même à rouler toute la nuit, mais nous finissons tant bien que mal par trouver un bout de pelouse entre 2 rangées d’arbres. La première étape du lendemain est la montée du col d’Urbeis, il est donc primordial de se lever de bonne heure pour éviter les grosses chaleurs. Il est 3h, nous mettons le réveil à 7h et nous nous endormons, le 6 juillet, jour des 30 ans de Pamela. Ce fut une manière originale de passer le cap !

Notre campement du dernier soir
Notre campement du dernier soir
5e jour – Lubine – Lapoutroie (65 km)

Après un sommeil court, nous voici debout. Petit-déjeuner rapide composé des restes – chips, fruits secs et cake – et nous voilà prêts à affronter notre premier col. On est motivés et on monte à notre rythme, en se focalisant sur la route immédiate, sans regarder plus loin. Et en moins de temps qu’il ne faut pour pédaler, sans même nous en rendre compte, nous atteignons le col, certains que nous n’étions pas encore arrivés : il n’était finalement pas si terrible que ça ce premier col ! Et qui dit col, dit descente ! Il n’y a pas de plus grand bonheur à vélo que de profiter d’une belle descente après une longue montée : après l’effort le réconfort.

Notre premier col !
Notre premier col !

Nous arrivons dans un très joli petit village où on repère des panneaux vélo indiquant Sélestat : une piste cyclable pour cette dernière journée viendrait à point nommé ! Cette dernière journée aura probablement été la plus belle en termes de paysages, de villages et de pistes cyclables. La route jusque Sélestat à travers forêts et au fil de l’eau vaut vraiment le détour ; les petits villages aux colombages si typiques sont magnifiques ; et nous ne parlons même pas des itinéraires cyclistes à travers les vignes et les champs de blé blond qui inspirent douceur et sérénité.

Et c’est ainsi que nous arrivons à Kaysersberg, où nous buvons notre premier verre de Gewürztraminer accompagné d’une tarte flambée : c’est sûr, nous sommes en Alsace ! Les six kilomètres qui séparent Kaysersberg de Lapoutroie ont probablement été les plus longs et les plus dangereux de ces cinq jours : une départementale étroite, au trafic dense, où les camions nous frôlent sans freiner, tout ça sur un faux plat et sous une chaleur écrasante. Nous sommes heureux de retrouver la famille de Pam et d’être arrivés jusque-là à la seule force de nos mollets.

Une bonne douche, un bon apéro, un bon souper et, enfin, un bon lit, bien mérité. Nous avons réussi : nous sommes épuisés, mais heureux. Le voyage à vélo est décidément fait pour nous – le bivouac un peu moins, mais on finira pas s’adapter, non ?

L'architecture typique alsacienne
L’architecture typique alsacienne

4 COMMENTAIRES

    • Merci beaucoup 🙂 Nous sommes très heureux de savoir que nos textes vous plaisent. Venez nous rejoindre quand vous voulez ! Bisous à vous deux.

  1. Salut les voyageurs ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles et de lire vos commentaires bien sympathiques de notre rencontre. Nous avons pu apprendre la fin de votre aventure jusqu’ en Alsace. A bientôt pour de nouvelles aventures.. gros bisous de Nawel,Rayane,Boudji,Valerie et le chien Jackson

    • Merci beaucoup Valérie, vous resterez les premières personnes à nous avoir reçus si gentiment et nous avons une pensée pour vous tout au long de notre voyage. Nous avons fait un chemin assez différent cette fois-ci sinon on serait passés vous dire bonjour. Nous sommes actuellement dans les Hautes-Alpes où nous allons passer l’hiver. Une grosse pensée pour toute la famille, nous espérons que tout le monde va très bien ! Encore merci 😉

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