La Zélande : Le paradis des vélos

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Route en Zélande

Quoi de mieux pour notre baptême en tant que cyclo-voyageurs de commencer par un lieu où le vélo est roi, où les cyclistes sont la norme et non l’exception et où le dénivelé est, pour ainsi dire, nul ? Cette destination parfaite, c’est la Zélande. Mer, vent, ponts interminables, dunes, réserves naturelles, humidité, soleil, grêle, camping sauvage et moins sauvage, paysages superbes, tels ont été les maîtres-mots de ces quatre jours de dépaysement total, où nous avons découvert les joies et déboires du voyage à vélo et qui n’a fait que nous conforter dans notre choix de transport pour notre grande aventure.

Itinéraire
Itinéraire de notre voyage

30 avril 2015 : Veille du départ

Nos sacs Ortlieb sont tout beaux tout neufs, y a plus qu’à les remplir ! Fastoche, on a lu des centaines d’articles, de livres, de blogs énumérant la liste du matériel du parfait cyclo-voyageur, ce sera donc un jeu d’enfants. Ou pas. Nous voilà, désemparés, face à ces sacoches que nous trouvons tantôt trop petites, tantôt pas très pratiques. Après trois heures d’hésitations, de recherches sur internet, de réflexions et de prises de tête, nous avons enfin fini les bagages, avec uniquement les sacoches arrière et de guidon.

1 mai 2015 : Ostende – Breskens Knokke

Nous pensions que la première aventure consisterait à monter les vélos dans le train. Nous avions tort. La première difficulté a été en fait de… monter sur nos vélos (et puis nous fondre dans la circulation) sans tomber ! On sait que les vélos sont lourds, mais on ne se rend pas compte de ce que cela signifie tant qu’on n’est pas montés dessus. Voilà donc Pamela à terre avant même le premier coup de pédale. Inutile de dire que les 6 km qui nous séparaient de la gare ont été les plus stressants de tout le voyage. Le moindre geste ou mouvement brusque nous déséquilibrait ; la moindre petite bosse sur la route (si rare en Belgique) rappelait à nos fesses habituées au VTT avec suspension avant qu’elles existaient ; les feux rouges devenaient nos pires ennemis car ils brisaient le fragile équilibre que nous avions réussi à construire.

Les feux rouges devenaient nos pires ennemis car ils brisaient le fragile équilibre que nous avions réussi à construire.

Bref, nous sommes contents d’arriver à la gare, où nous devons courir pour attraper le train. Nous montons tant bien que mal les vélos entre deux wagons, avant de nous asseoir pour nous détendre après cette première aventure.

Bon à savoir : en Belgique, certains trains disposent d’un compartiment vélo. Dans ce cas, le contrôleur ne peut pas nous refuser l’accès au train, sauf lorsque la voiture est pleine (ce qui était notre cas). Il a alors le choix soit de nous demander d’attendre le prochain train, soit de nous permettre de le mettre entre deux wagons. Lorsque le train ne possède pas cette voiture, alors le contrôleur est le seul maître à bord.

Compartiment vélo dans les trains en BelgiqueOn arrive à Ostende sous le soleil. Après quelques fritures de poisson, nous démarrons, direction Breskens. Nous nous adaptons petit à petit à ce nouveau vélo, nous trouvons notre équilibre (même si Pam a toujours du mal à l’arrêt et au démarrage – la stratégie est donc de s’arrêter le moins possible) et nous commençons à prendre un réel plaisir à rouler : les coups de pédale sont fluides et le poids ne se fait pas sentir (mis à part lorsque nous devons les porter ou les pousser). Nous n’avons pas encore traversé la frontière et nous voici déjà dépaysés, surpris par la gentillesse et l’amabilité de nos compatriotes.

Tout était parfait. Trop parfait. C’est en effet à ce moment-là que le pire ennemi de ces quatre journées de voyage a fait son apparition : le vent ! Notre itinéraire était certes plat, mais le vent a transformé les routes plates en côtes et les descentes en routes plates. Malgré cela – peut-être serions-nous un peu maso ? – nous décidons de passer par la digue, où les paysages sont quand même plus agréables. On finit donc par arriver, non sans peine, à Knokke Heist, vers 17h30. Il est temps de chercher un endroit où dormir, même si notre objectif est encore loin. On trouve un chouette endroit dans les dunes. On monte la tente tant bien que mal sous le vent et on n’hésite pas à mettre nos bonnets, quitte à braver l’adage « En mai, fais ce qu’il te plaît ». Les nouilles asiatiques pas tout à fait cuites nous permettent de nous réchauffer quelque peu avant de nous mettre au lit. Demain sera une autre histoire.

Notre campement le premier soir
Notre campement le premier soir
2 mai 2015 : Knokke – Oostkapelle

Après une nuit froide et humide, nous sommes impatients de nous lever et de reprendre la route. Surtout Pam, dont le sens aigu de l’illégalité ne lui permet pas d’être totalement à l’aise avec le camping sauvage. Elle est donc à l’affût du moindre bruit pouvant signaler la présence d’agents de police venus spécialement pour nous incarcérer (non, non, il n’y a aucune exagération !).

Cette fois-ci, forts de notre expérience de la veille, nous décidons de ne fixer aucun objectif : nous verrons où nous arriverons à la fin de la journée. Après avoir difficilement poussé nos vélos dans les dunes, nous voici en selle, motivés pour faire défiler les kilomètres. Après quelques centaines de mètres, cependant, nous nous arrêtons pour observer et photographier des chevaux polonais et des highlanders d’Écosse, quasi à l’état sauvage : une vision plutôt inhabituelle en Belgique.

Les highlanders d'Écosse et les chevaux polonais
Les highlanders d’Écosse et les chevaux polonais

Nous arrivons à l’heure du dîner à Cadzand, petite ville touristique en bord de mer où nous nous arrêtons pour manger. Il est déjà 12h30 lorsque nous reprenons la route et il faut dire que nous n’avons, une fois de plus, pas avancé beaucoup ! Mais ce n’est pas le plus important : nous sommes venus profiter des paysages, du dépaysement, des pistes cyclables et nous apprécions tout cela au plus haut point. Cela fait à peine 24h que nous sommes partis et nous avons l’impression que ça fait 2 semaines ! Dans ces voyages en transport lent, le temps semble s’arrêter. Nous avions ressenti la même chose un an auparavant, lors de notre escapade en voilier.

Nos vélos dans le ferry jusque Vlissingen
Nos vélos dans le ferry jusque Vlissingen

Après une bonne petite glace dans le très joli village de Zouteland, il est déjà temps de s’installer. Étant donné le peu d’espaces verts autour de nous, nous commençons d’abord par chercher un camping, mais voilà qu’ils affichent tous complets (au grand dam de Pamela, qui stresse d’autant plus aux Pays-Bas où le camping sauvage est durement réprimandé). Il ne nous reste donc plus d’autre choix que de camper dans la forêt. Un souper léger et nous voici au lit, bien plus tôt qu’à la maison.

3 mai 2015 : Oostkapelle – Goes Wemeldinge

Après une nuit un peu meilleure, nous nous réveillons avec la grande question du jour : où allons-nous ? Il nous reste à peine 2 jours de voyage et nous n’avons pas avancé beaucoup. Or, demain soir, nous devons arriver à une gare belge pour reprendre le train. Un de nos objectifs était de traverser ces ponts interminables reliant une île à l’autre, mais il faut se rendre à l’évidence : si nous poursuivons sur ce rythme, nous n’aurons pas le temps de le faire. Il faudrait doubler notre productivité kilométrique pour atteindre notre objectif. Une décision s’impose donc : advienne que pourra, nous tentons le coup ! Plus question de perdre du temps, nous nous mettons en selle sans tarder, sous une bruine légère.

Est-ce la motivation d’atteindre notre but ou le vent qui nous est enfin favorable, mais nous avons l’impression d’avoir des ailes ! Nous pédalons frénétiquement et nous avalons les kilomètres comme jamais, jusqu’à croiser un autre cyclo-voyageur, originaire d’Écosse et qui fait en moyenne… 80 à 100km par jour ! Tout de suite, on se sent, comment dire, moins productifs ! Mais le vent nous pousse jusqu’au village typique de Burg-Hamsteed, où nous attend une petite boulangerie-pâtisserie artisanale dont la décoration type « brocante » nous séduit d’entrée de jeu. C’est alors qu’il se met à pleuvoir à seaux : c’était le bon moment pour dîner !

Brunch à Burg-Hamsteed
Brunch à Burg-Hamsteed

Après un bon repas, une sieste s’imposait, mais nous devons nous remettre en selle pour la prochaine étape, Zierikzee. La pluie n’a malheureusement pas cessé et le vent s’est à nouveau levé, mais de face cette fois-ci. C’est l’occasion de tester l’étanchéité de notre matériel et notre résistance aux conditions météorologiques défavorables. Une petite pause à Zierikzee, que nous n’aurons pas l’occasion de visiter, pour boire une bière et sécher un peu nos vêtements et nous voici prêts à traverser un nouveau pont emblématique de la Zélande, que nous atteignons après un détour de plusieurs kilomètres (à cause d’une déviation dont on n’a pas encore compris l’utilité), sous le vent, la pluie et même la grêle !

C’est alors que commence le plus long calvaire de ces quatre jours : la traversée interminable de ce pont de 5km.

Pont (interminable) de Zélande
Pont (interminable) de Zélande

C’est alors que commence le plus long calvaire de ces quatre jours : la traversée interminable de ce pont de 5km. Le vent de face persistant nous mène à l’autre rive après pas moins d’une heure, où nous retrouvons le soleil, mais toujours avec le vent, qui nous poursuivra jusque Goes.

Goes est une « grande ville ». Nous abandonnons donc l’idée de faire du camping sauvage et nous cherchons un logement. Il est déjà 20h et tous les hébergements disponibles sont hors budget. Nous finissons par trouver un camping libre à 8km de là. Nos jambes n’en veulent plus, mais nous n’avons pas le choix. Nous enfourchons donc nos vélos et roulons à toute vitesse en direction de Wemeldinge, portés par l’unique perspective d’arriver à destination le plus vite possible. Le coucher de soleil sur des paysages sublimes nous nargue, mais nous ne voulons plus nous arrêter, la journée est finie, tant pis pour les photos. Nous rêvons déjà d’un bon repas, d’une bonne douche chaude et d’une bonne nuit, dénuée du stress de se faire pincer. A part la douche qui s’est révélée glaciale, tout le reste a été parfait et nous avons enfin pu passer une bonne nuit réparatrice.

Pam affrontant le vent et le pont
Pam affrontant le vent et le pont
4 mai 2015 : Wemeldinge – Bruges Knokke

Cette fois-ci, nous n’avons plus le choix : peu importe les moyens, nous devons être à Liège ce soir. Nous avons vu sur la carte un ferry qui nous permettrait de nous rapprocher plus vite de Bruges. Par acquit de conscience, nous demandons des renseignements à la réceptionniste qui nous confirme… que le ferry ne navigue qu’en juillet-août ! Une fois de plus, nous devons chambouler tous nos plans. Nous décidons de retourner vers Vlissingen, pour prendre le ferry jusque Breskens et descendre vers Bruges.

Panneaux indicatifs pour chemins vélos
Panneaux indicatifs pour chemins vélos

Hop, on démarre et pas question de s’arrêter, il faut avaler les kilomètres. Après le vent, la grêle, la pluie, voilà qu’un autre paramètre jusque-là irréprochable se met en travers de notre route : les panneaux indicatifs. La Zélande est le paradis des vélos, sans nul doute. Mais trop d’indications tue les indications. Il faut savoir qu’il existe deux types de panneaux en Zélande : des itinéraires numérotés, chaque numéro correspondant à une destination ; et de simples panneaux, indiquant les villes et le nombre de kilomètres restants. Cette dichotomie peut parfois porter à confusion, mais l’un dans l’autre, on finit toujours par arriver à destination. Sauf dans les environs de Goes. La signalisation numérotée n’est pas finalisée et les panneaux indicatifs ont disparu. Ce n’est qu’après un « petit » détour d’une quinzaine de kilomètres qu’on trouve enfin le saint graal : « Vlissingen 22 km ». On a déjà perdu assez de temps, on pédale et on ne s’arrête que pour manger les premières fraises de la saison, achetées directement dans un verger.

Une bonne bière belge en attendant le ferry et nous voilà enfin à Breskens, pour la toute dernière étape de ce premier voyage, probablement la plus éprouvante. La fatigue se fait sentir ainsi que les genoux de Julien. C’est donc tout naturellement que, lorsqu’on voit un panneau indiquant Bruges à 15km et Knokke à 9km, que nous décidons, ni une ni deux, de changer notre destination, tant pis pour le changement de train que nous devrons effectuer. Après une bonne frite (retour au plat pays oblige), nous montons dans le train, fatigués, mais pleinement satisfaits de ce premier périple qui nous a confortés dans notre projet : le vélo est le meilleur moyen de voyager ! Alors, si vous hésitez encore, hop, en selle !

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